Le choucas des Tours
Tchia, Tchia ! D’instinct grégaire, vif et bruyant, il anime de ses évolutions le clocher de l’église, qu’il a colonisé depuis longtemps. Il appartient à la famille des corvidés dont les facultés psychiques sont les plus développées chez les oiseaux, et sont parfois comparées à celles des primates. Son œil clair lui donne un regard inquisiteur, presque inquiétant. Ni corneille, ni corbeau, il s’agit du choucas des tours, espèce protégée par l’arrêté du 17 avril 1981. Voici quelques lignes à son sujet, histoire de mieux connaître ce compagnon de tous les jours !
Le choucas des tours est le plus petit de tous les corvidés vivant dans notre région. Son plumage est presque entièrement noir à reflet bleu métallescent, mais légèrement plus clair sur les flancs et sur la poitrine. Les joues et la nuque sont nettement grises, le bec est court. Les iris sont blanchâtres chez les adultes. Chez les jeunes, le plumage est terne et bien moins contrasté. Mâles et femelles sont rigoureusement identiques.
Le choucas est un oiseau sociable, vif et bruyant. Le plus fréquent des cris est un Tchia, clair et bref, souvent répété. Il niche généralement en petites colonies. Le soir, la troupe peut se rassembler en dortoirs pour passer la nuit. C’est le cas chez nous, dans les grands arbres aux abords de l’église ou même dans les peupliers à proximité du marais.
Les couples sont unis pour la vie et ils sont presque toujours réunis. L’éthologiste Konrad Lorentz qui a longuement étudié cette espèce disait qu’il n’existe pas de « divorce » chez les choucas.
Le choucas affectionne les points surélevés d’où il domine le paysage, ce qui explique sa présence presque constante aux abords de la tour, où il trouve de nombreuses cavités pour la nidification. Il lutte d’ailleurs avec les pigeons qui, lorsque les populations sont en très grand nombre, peuvent prendre entièrement possession du clocher. À d’autres moments, les observateurs attentifs savent que c’est au faucon crécerelle d’imposer sa loi, du sommet de la tour, où il installe, lui aussi, son nid.
Comme la majorité des corvidés, les choucas des tours sont omnivores et cherchent leur nourriture au sol. Il n’est pas rare de voir les groupes, à la recherche de nourriture dans les prés ou les jachères à proximité du village. Au mois de septembre, il arrive fréquemment de trouver des noix entières et des coquilles brisées au pied de la tour, échappées du bec d’un choucas. Mais la chute est peut-être volontaire, avec l’intention d’en briser la coquille, à moins que l’oiseau n’attende le passage des voitures pour casser les noix dont il se régale ensuite.
Les deux parents s’associent pour la construction du nid, composé de petites branches souvent entassées en grand nombre et disposées très sommairement. On peut d’ailleurs observer au pied de l’église des amas de branchettes qui témoignent de la nidification du choucas dans les hauteurs. La période de reproduction se déroule entre avril et juin. La femelle pond de 3 à 7 œufs dont l’incubation dure entre 16 et 18 jours. Les jeunes, nourris par les deux parents, s’envolent à un mois. La chance peut vous amener à croiser l’un d’entre eux. Ne vous laissez pas tenter, le choucas est protégé et doit donc rester sauvage !
En 1927, Konrad Lorenz (célèbre ethnologue, né à Vienne en 1903 et mort à Altenberg en 1989) recueille un jeune choucas qu’il a baptisé Tschok. Devenu adulte, au lieu de rejoindre les autres choucas des environs, Tschok ne veut pas le quitter. Le jeune zoologiste élève d’autres choucas et constate que le phénomène se reproduit, ainsi qu’avec des oies cendrées. Après de longues et patientes observations, Lorenz finit par comprendre qu’à la sortie de l’œuf, l’oisillon identifie la première chose qu’il voit bouger, que ce soit un oiseau ou un homme, comme étant sa mère. C’est ce phénomène de « fixation » de l’oiseau nouveau-né que Lorenz appelle « empreinte ». Chez le choucas le phénomène dure quelques heures et se produit au moment où l’oisillon quitte le nid.
D'après C. Maumené, Bulletin Association Culturelle de Larchant